Résumé
Le projet Prinos, au nord de la Grèce, transforme un ancien champ pétrolier offshore en site de stockage de CO₂ à grande échelle. Soutenu par des financements européens, dont le CEF, il vise jusqu’à 3 MtCO₂/an et constitue l’un des premiers hubs CCUS en Méditerranée. Positionné comme infrastructure stratégique, il doit connecter des émetteurs industriels régionaux et contribuer à la décarbonation des secteurs difficiles à abattre.
Contexte: Reconversion d’un champ pétrolier offshore en site de stockage CO₂ ; projet PCI soutenu par l’UE
Acteurs: EnEarth (Energean), DESFA, UE (CEF, RRF), EBRD, industriels régionaux
Enjeux techniques : Injection offshore (≈3 km sous le fond marin), réutilisation d’infrastructures, transport multimodal (pipeline + navires)
Impact filière : Premier hub CCUS en Méditerranée SE, accès transfrontalier au stockage, levier de compétitivité industrielle
→ À retenir :
Le site de Prinos illustre concrètement une trajectoire que l’on retrouve de plus en plus en Europe : transformer des actifs pétroliers matures en infrastructures clés de la transition carbone.
Avec plusieurs décennies d’exploitation, le champ dispose déjà d’un ensemble d’atouts structurants : réservoirs bien caractérisés, infrastructures offshore et installations onshore complexes (notamment pour le traitement de gaz acides), ainsi qu’une connaissance fine du sous-sol.
Cette base industrielle permet d’envisager une reconversion vers le stockage de CO₂ avec un niveau de risque réduit par rapport à des sites entièrement nouveaux. Elle s’inscrit aussi dans une logique européenne plus large visant à accélérer le déploiement du CCUS en s’appuyant sur l’existant, plutôt que de repartir de zéro.
Sur le plan géologique, le champ de Prinos correspond à un anticlinal faillé à faible relief, dans lequel les hydrocarbures sont piégés au sein des réservoirs du groupe de Prinos d’âge Miocène, à des profondeurs comprises entre 2 490 et 2 770 m TVDSS.
Le réservoir contient un pétrole brut acide (sour oil), sous-saturé, avec une densité API comprise entre 27 et 30°, caractéristique de fluides relativement lourds. Une particularité majeure du gisement réside dans sa très forte teneur en gaz acides, avec des concentrations pouvant atteindre 60 % de H₂S.
Cette composition impose des contraintes importantes en surface, qui expliquent la complexité de l’unité onshore « Sigma ». Celle-ci intègre des procédés spécifiques de traitement permettant l’élimination du sulfure d’hydrogène et sa conversion en soufre élémentaire, valorisé localement (notamment dans l’industrie des engrais), tandis que le gaz excédentaire est également commercialisé.
Au-delà du cas grec, Prinos pourrait jouer un rôle structurant pour toute la région :
- en offrant une capacité de stockage accessible à des industriels ne disposant pas de solutions locales,
- en s’intégrant à des chaînes de transport multimodales,
- et en contribuant à la construction progressive d’un réseau européen du CO₂, y compris en Méditerranée orientale.
En creux, le projet pose une question clé pour la filière : comment industrialiser rapidement le CCUS en capitalisant sur les héritages du secteur oil & gas ?
Prinos apporte une première réponse concrète et probablement réplicable ailleurs en Europe.

